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Comment choisir une agence web : dix questions à poser avant de signer

Comment choisir une agence web : dix questions à poser avant de signer, les réponses qui doivent alerter, agence ou freelance, le devis lu ligne à ligne.

Le menuisier m'a appelé un lundi de janvier, de son camion garé devant un chantier. Quatorze mois plus tôt, dans son atelier de Roquefort-la-Bédoule, un commercial lui avait fait signer un contrat de quarante-huit mois à 149 € HT par mois, pour un site « offert » et la première page de Google. Le site n'avait jamais fait sonner son téléphone. La société de location financière qui avait racheté le contrat réclamait les trente-quatre loyers restants, 5 066 € HT.

Comment choisir une agence web sans se retrouver là ? Je lui ai répondu ce jour-là, trop tard pour lui : on choisit d'après les réponses à une dizaine de questions posées avant de signer, et presque jamais sur le portfolio ou le prix de départ. Qui fait le travail. À qui appartiennent le domaine et le code. Ce que coûte la deuxième année, et comment on se quitte. Une agence correcte répond à tout ça par écrit en un quart d'heure ; quand elle traîne, vous avez votre réponse.

Je fais moi-même des sites, seul à mon établi de La Ciotat, donc je suis plutôt de l'autre côté de la table. Plusieurs fois par mois, pourtant, un dirigeant me fait relire le devis d'un confrère, et ces questions-là sont les premières que je pose.

Comment choisir une agence web : les dix questions

Je les pose à peu près dans cet ordre, et je note les réponses telles qu'on me les donne, pour comparer ensuite d'une agence à l'autre.

  1. Qui, nommément, va dessiner et coder le site ?
  2. Qui sera titulaire du nom de domaine et des comptes d'hébergement ?
  3. Le contrat cède-t-il au client les droits sur le site, maquettes et code compris ?
  4. Combien coûtera la deuxième année, tout compris ?
  5. Si l'on se quitte au bout d'un an, que garde le client, et sous quelle forme ?
  6. Qui écrit les textes, et qui fournit les photos ?
  7. Combien d'allers-retours sur les maquettes sont compris dans le prix ?
  8. À quelle date le site sera-t-il en ligne, et qu'est-ce qui ferait glisser cette date ?
  9. Peut-on appeler deux clients dont le site tourne depuis plus d'un an ?
  10. Dans six mois, comment saura-t-on si le site rapporte quelque chose ?

Aucune ne suppose de savoir ce qu'est un CMS. La quatrième se juge avec une calculette, et ce sont les questions 6 à 8, bien plus que la technique, qui fixeront votre calendrier. Dans chaque réponse, je guette un prénom, une date ou un montant en euros. « En général » et « on verra ensemble » n'en contiennent aucun, et le second finit d'habitude en ligne supplémentaire sur la facture.

Les réponses qui doivent alerter

« Ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout »

C'est la réponse type aux questions 2, 3 et 5, et la plus chère à long terme. L'Afnic, dans son étude 2025 sur les TPE et PME, compte 61 % d'entreprises équipées d'un site et, parmi elles, 90 % qui « possèdent leur propre nom de domaine ». Posséder, dans un sondage, veut dire que quelqu'un l'a déposé. Reste à savoir au nom de qui. Pour un .fr, le Whois de l'Afnic affiche le titulaire quand c'est une entreprise : si vous y lisez le nom de l'agence, vous louez votre propre adresse.

Pour le code, c'est pire, parce que payer ne suffit pas. En 2011, le tribunal de grande instance de Paris a jugé qu'une société qui avait fait faire son site par une agence n'en détenait pas les droits. Elle n'avait pas donné, selon le jugement, « des indications précises sur la présentation des différentes pages ». L'auteur, c'était donc le prestataire. Il vous faut une clause de cession écrite au contrat, qui dit quels droits sont cédés, pour quelle durée et sur quel territoire. « Vous l'avez payé, il est à vous » n'en est pas une.

Le site « offert » contre un loyer

Le menuisier avait trois salariés et avait signé dans son atelier. Sur le papier, il remplissait les conditions. France Num rappelle qu'un professionnel qui emploie cinq salariés au plus et signe, hors de l'établissement du vendeur, un contrat sans rapport avec son activité principale dispose de quatorze jours pour se rétracter, comme un particulier. Si le vendeur a oublié de l'en informer, le délai est prolongé de douze mois. Un juge a même estimé qu'un site internet n'entrait pas dans l'activité principale d'un architecte.

Dans son cas, le formulaire de rétractation figurait bien au contrat, page 7, et les quatorze jours étaient loin. Il a transigé à 3 100 €. France Num prévient que, sur certains contrats, les frais de sortie peuvent atteindre « plusieurs dizaines de milliers d'euros ». Google, de son côté, écrit noir sur blanc qu'il faut se méfier des « agences Web qui vous contactent par e-mail ». J'étends la consigne au téléphone et à la visite surprise.

« La première page de Google, c'est garanti »

Impossible à garantir, et c'est Google lui-même qui le dit, sur sa propre page de conseils pour recruter un référenceur : « Personne ne peut garantir la première position dans les résultats de recherche Google. » Une agence qui promet le contraire ment, ou parle d'annonces payantes sans le préciser. Dans les deux cas, je m'arrête là. La bonne réponse à la dixième question parle d'autre chose : des appels et des demandes de devis venus du site, comptés chaque mois.

« Notre équipe »

Réponse classique à la première question. Dans une agence de vingt personnes, celui qui fait la présentation touche rarement au site, et la maquette part parfois chez un sous-traitant que vous n'aurez jamais au téléphone. Je veux un nom au contrat.

Agence web ou freelance, et le studio entre les deux

En mars, un traiteur de Cassis est arrivé avec deux devis pour le même site, six pages et un formulaire de commande : 3 200 € HT chez une freelance d'Aubagne, 9 800 € HT chez une agence du Prado. Il voulait savoir quelle agence web choisir, ou plutôt laquelle des deux se moquait de lui.

Ni l'une ni l'autre. La freelance comptait six journées, ce qui colle avec la grille que le Journal du Net a publiée en juin 2024 pour les développeurs indépendants en région : 480 € la journée pour un junior, 520 € pour un confirmé, 550 € et plus pour un expert. L'agence comptait les mêmes six journées, puis un chef de projet, une directrice artistique et trois réunions.

Pour un traiteur, ce supplément paie des intermédiaires et pas grand-chose d'autre. Il y a des clients pour qui c'est différent, ceux qui ont besoin d'un film, d'achat d'espace publicitaire et de relations presse en même temps que du site, ou d'une astreinte de nuit inscrite au contrat ; ceux-là, je les envoie moi-même vers des agences. J'ai relevé les prix pratiqués par les agences web de Marseille dans un article à part.

Chez la freelance, le risque tenait en une personne. Je lui ai conseillé de poser une question à la freelance : qui reprendrait, avec quels accès, si elle se cassait le poignet en juillet, en pleine saison des mariages ? Elle avait une réponse (un confrère de Gémenos, et les identifiants dans un coffre-fort numérique partagé), et il a signé chez elle.

Mon studio, c'est un freelance qui a écrit sa méthode (quatre étapes, sur la page du studio). Je cours le même risque qu'elle, puisque je dessine et je code seul, et je le couvre en ouvrant dès le premier jour le nom de domaine, le dépôt de code et l'hébergement au nom du client. Le choix entre WordPress, Wix et code écrit à la main est une autre décision : je compare les trois sur trois ans de factures.

Le devis d'une agence web, ligne par ligne

Fin août 2026, un cabinet de géomètres de La Seyne-sur-Mer m'a fait relire le devis d'une agence toulonnaise : 6 400 € HT pour cinq pages, ce qui se défend. Ce qui m'a fait tiquer tenait en trois lignes.

« Contenus fournis par le client », en bas de la page 2 : le gérant écrirait donc ses textes lui-même, et personne ne le lui avait dit. Sur presque tous les sites que j'ai livrés depuis trois ans, ce sont les textes qui ont fixé la date de mise en ligne, pas le code.

« Modifications illimitées pendant la phase de conception ». J'ai moi-même écrit à peu près la même chose au printemps 2024, dans un devis pour un domaine viticole entre Cassis et La Ciotat, et la page d'accueil a connu neuf versions en sept semaines (la gérante, son frère et l'œnologue avaient chacun leur idée de la photo des vignes). Prévu en trois semaines, le projet en a pris onze. Je n'ai pas facturé le dernier mois. Mes devis prévoient désormais deux allers-retours par étape, le troisième chiffré d'avance.

« Pack sérénité, 79 € HT par mois, engagement 36 mois ». 2 844 € HT en plus, soit près de la moitié du site, pour un hébergement et des mises à jour dont personne n'a écrit la fréquence. Demandez ce que le forfait contient mois par mois, et ce que vous récupérez au trente-septième. Pour situer, mes sites vitrines partent de 1 900 € HT, livrés en deux à quatre semaines et sans abonnement mensuel ; les autres fourchettes sont dans l'article sur le prix d'un site internet.

Le reste, c'est ce qui manquait. Pas de date, seulement « six à huit semaines après réception des éléments », une formule qui n'engage à rien le jour où d'autres projets passent avant le vôtre. Et un acompte de 50 % à la signature, le solde à la livraison, rien entre les deux. Je préfère des paiements échelonnés sur ce qui est livré, et une date écrite : « en ligne le 14 novembre ».

Les avis ne suffisent pas

« Agence web avis » fait partie des recherches que les dirigeants tapent la veille de signer, et je comprends le réflexe. Mais je me méfie d'un 4,9 sur 5. En 2024, la DGCCRF a contrôlé 397 établissements au sujet des faux avis en ligne et trouvé des anomalies dans près d'un tiers d'entre eux, d'après le bilan repris par Économie Matin.

Je lis les avis à l'envers. Les deux et trois étoiles d'abord, et la réponse de l'agence en dessous, qui en dit plus que l'avis lui-même : elle s'explique avec des faits, ou elle se défend avec des adjectifs ? Puis les dates. Une trentaine d'avis tombés le même mois après deux ans de silence, j'y vois une campagne.

Ensuite, j'appelle deux des clients de la question 9 et j'ouvre trois sites livrés sur mon téléphone, en 4G, sur le trottoir. En 2025, sur les trois sites qu'une agence aixoise mettait en avant, l'un renvoyait une erreur et un autre affichait en pied de page le nom d'un autre prestataire. Mon client n'a pas signé.

S'il ne fallait poser qu'une question, ce serait la cinquième : comment on se sépare. Une agence qui y répond clairement (domaine à votre nom, code exporté, pas de frais de sortie) a rarement quelque chose à cacher sur les neuf autres.

Si vous avez un devis sous les yeux, je peux le relire avec vous en quinze minutes.

FAQ

Agence web ou freelance : que choisir pour un site vitrine ?

Pour un site vitrine de cinq à dix pages, un freelance ou un petit studio fait le travail. Sur les devis qu'on me donne à relire, une agence établie coûte souvent deux à trois fois plus cher pour le même nombre de pages. Je la réserve aux projets où plusieurs métiers doivent avancer ensemble, ou qui dépassent 50 000 €. Avec un indépendant, faites simplement écrire au contrat qui prend le relais s'il tombe malade.

Combien de devis demander avant de choisir une agence web ?

Trois, avec les dix mêmes questions posées aux trois, sinon les totaux ne couvrent pas la même chose. Quand l'un est deux fois moins cher que les autres, cherchez la ligne qui manque : le plus souvent, les textes ou la deuxième année.

Comment vérifier les avis d'une agence web ?

Je lis d'abord les avis à deux ou trois étoiles, et surtout ce que l'agence a répondu en dessous. Je me méfie aussi des avis qui arrivent tous le même mois : sur les faux avis, la DGCCRF a relevé des anomalies chez près d'un tiers des 397 établissements contrôlés en 2024. Deux coups de fil à d'anciens clients et trois sites livrés ouverts sur votre téléphone vous en diront plus que la note.

Peut-on annuler un contrat de site internet signé avec un commercial ?

Parfois. Avec cinq salariés au plus, un contrat signé hors de l'établissement du vendeur et un site qui n'a rien à voir avec votre métier principal, vous disposez de quatorze jours pour vous rétracter, et de douze mois de plus si le contrat ne vous informait pas de ce droit. Après, il ne reste guère que la négociation, et elle tourne rarement en votre faveur.

Sources