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Logiciel sur mesure pour une PME : quand il bat l'abonnement, et ce que vous gardez à la fin
Logiciel sur mesure ou SaaS ? Les trois cas où une PME gagne à faire construire, le déroulé en 4 à 8 semaines, et pourquoi le code doit vous revenir.
« Neuf. » Le patron de la sellerie a compté une deuxième fois sur l'écran, puis il a reposé ses lunettes sur l'établi. Neuf comptes sur quatorze ne s'étaient jamais connectés au logiciel de gestion de projets qu'il payait 39 € par tête et par mois depuis deux ans. « Les filles, elles bossent au kraft et au mètre ruban, qu'est-ce que vous voulez qu'elles fassent d'un tableau Kanban ? » On était en février, au fond du chantier naval de La Ciotat, et il m'avait fait venir pour un logiciel sur mesure, « comme les grands ».
Il voulait savoir si un logiciel sur mesure valait le coup face à l'abonnement. Je lui ai répondu comme à tout le monde : oui si votre façon de travailler est ce que vos clients paient, oui si vous payez des licences pour des gens qui ne s'en servent pas, oui si quelqu'un passe ses lundis à recopier des chiffres d'un outil dans l'autre, et non dans tous les autres cas, ce que je préfère vous dire maintenant plutôt qu'après le devis. Chez nous ça commence à 9 000 € HT, ça prend 4 à 8 semaines, et le code comme les données vous appartiennent à la fin.
L'abonnement d'abord
« Fait pour nous », c'était souligné deux fois dans son message. Elle venait de reprendre l'auto-école de son père à La Ciotat et voulait un planning de leçons à elle, créneaux, livret, SMS la veille, et je l'ai rappelée le soir même pour lui dire que trois éditeurs français vendent déjà tout ça en abonnement, et que ce serait idiot de me payer pour le refaire. « Et vous, vous y gagnez quoi ? » Rien, cette fois. Une semaine après, il y avait une boîte de navettes sur l'établi du studio : elle avait signé chez le deuxième.
Ça m'arrive avec à peu près un dirigeant sur trois, parce que la compta, la paie, la caisse ou les rendez-vous, c'est le métier des éditeurs : pour quelques dizaines d'euros par mois ils ont déjà pris dans la figure la facture électronique, la DSN et le bug du 29 février, et la prochaine réforme, ce sont encore eux qui l'encaisseront à votre place, alors que moi je vous ferais payer la découverte.
L'Insee dit un peu la même chose à sa façon. Dans l'enquête TIC 2025, 40 % des entreprises de 10 personnes ou plus paient des services en cloud et 21 % une compta en ligne, mais le CRM loué plafonne à 11 % (7 % chez les 10 à 19 personnes), alors que des CRM, il y en a des centaines. Mon avis, qui vaut ce qu'il vaut, c'est qu'une fois passée la compta, chaque métier a ses manies, et que c'est là que l'outil standard commence à grincer.
Trois situations où le logiciel sur mesure gagne
Votre méthode, c'est ce que vous vendez
Il m'a emmené devant une armoire au fond de l'atelier, pleine de rouleaux de kraft avec des noms de bateaux écrits au marqueur, et il m'a expliqué que le même yacht revient tous les trois ou quatre ans refaire les coussins du flybridge, et que tout l'atelier tient dans une question : il est où, le gabarit de 2022 ? « Le capitaine, lui, il se souvient de tout. Qu'on lui ait refusé la couture anglaise sur les angles, il s'en souvient très bien. Si je retrouve pas la photo, j'ai l'air de quoi ? »
Dans l'outil américain il n'y avait ni bateau ni gabarit, juste des tâches et des colonnes, alors ils avaient créé 23 champs personnalisés par fiche que personne ne remplissait.
Je lui ai dit oui tout de suite, et je dis oui à chaque fois que c'est la façon de faire que le client paie, parce qu'un logiciel métier sur mesure, on le construit dans l'ordre de l'atelier, avec les mots de l'atelier, et Sandrine, la plus ancienne des couturières, qui n'avait jamais ouvert un tableur de sa vie, s'en est servie sur la tablette dès le premier matin. Si vous travaillez comme tous vos confrères, je vous dirai l'inverse : un éditeur a déjà codé votre métier et sans doute mieux que moi.
La facture par utilisateur
Le deuxième cas, c'est de l'arithmétique, et le patron avait fait le calcul avant moi, au feutre rouge sur son relevé. Un SaaS, ça se vend par utilisateur, donc chaque personne qui se connecte, vous la payez, qu'elle passe sa journée dedans ou qu'elle l'ouvre deux fois par trimestre : quatorze comptes à 39 €, ça fait 6 552 € par an, tous les ans, plus la hausse qui tombe le jour où l'éditeur ajoute une fonction d'IA que personne n'a demandée. Et l'été la sellerie prend quatre saisonniers, donc quatre comptes en plus qu'il faudrait penser à fermer en octobre.
« Les fermer ? Je savais même pas qu'il fallait. »
Un logiciel de gestion sur mesure, vous le payez une fois, et après il vous coûte un hébergement et de la maintenance, 100 à 300 € HT par mois pour un outil de cette taille, et avec les chiffres de la sellerie, les deux courbes se croisent dans le courant de la troisième année. Si vous avez quatre utilisateurs, ne faites même pas le calcul, il ne vous donnera jamais raison.
Les ressaisies
Le troisième, vous ne le verrez pas sur un relevé bancaire, vous le verrez sur l'agenda de quelqu'un, et souvent tard. L'assistante d'une société d'entretien de piscines de Carry-le-Rouet m'a appelé l'an dernier un lundi à 18 h 40 : « Je recopie. Le lundi, je fais que ça. » Les trois techniciens saisissaient le pH, le chlore et les bidons versés dans une application d'interventions, et elle, derrière, reprenait tout dans un tableur de stock, puis dans le logiciel de facturation, puis dans le compte rendu que chaque propriétaire de villa reçoit en fin de mois avec une photo de son bassin. Six heures par semaine, d'avril à octobre.
On n'a pas tout jeté. L'outil qu'on a construit enregistre la mesure une fois au bord de l'eau et l'envoie aux trois endroits, et le logiciel de facturation, on l'a gardé, il marche très bien, je n'allais pas le refaire pour le plaisir.
Attention quand même au faux positif, parce que recopier un e-mail dans un tableur, ça se règle avec une automatisation (chez nous à partir de 900 € HT), ou avec un agent IA si le texte change à chaque fois, et le développement logiciel sur mesure, je ne le propose que si des gens ont aussi besoin d'un écran.
Sept semaines, dont une matinée sur le quai
Le premier jour je ne le passe jamais à mon bureau. À la sellerie j'ai tenu le mètre ruban toute une matinée sur le pont d'un 38 mètres pendant que Sandrine prenait ses cotes, elle m'a repris deux fois parce que je lisais les centimètres à l'envers, et c'est là que j'ai compris dans quel ordre elle travaille vraiment : la photo du coussin avec une règle posée dessus, puis les cotes, et le tissu à la fin. De mon bureau j'aurais tout mis dans l'autre sens.
En semaine 2 je lui ai mis la maquette cliquable dans les mains, sur sa tablette à elle et pas sur l'ordinateur du patron. « Non. » Quatre minutes, montre en main, parce qu'il fallait les deux mains pour enregistrer une cote et que sur un pont on en a toujours une sur le mètre, ce que tout le monde sait sauf celui qui dessine les écrans.
De la semaine 3 à la semaine 6 j'ai écrit le code, et chaque vendredi elle avait une version à essayer sur le quai, dans le navigateur de la tablette, parce que c'est une application web et que ça ne passe par aucune boutique d'applications.
Le plus dur, ça n'a pas été le code, ça a été de reprendre 340 gabarits éparpillés entre le tableur et les photos, deux après-midi à la main avec l'associé du patron. Et en semaine 6, la règle que personne ne m'avait dite est sortie : les capitaines ne valident jamais par e-mail, ils envoient un vocal, donc on a ajouté un champ « validé par vocal le… ».
On a livré en sept semaines, dans le haut de la fourchette, et si vous voulez savoir ce qui fait bouger ce genre de facture, c'est dans l'article sur le prix d'un logiciel sur mesure.
Ce que vous gardez
« Le code ? Mais je l'ai payé, le code. » L'électricien de Ceyreste qui m'a dit ça l'an dernier avait réglé jusqu'au dernier centime une application de suivi de chantier à un développeur de Toulon, s'était fâché avec lui pour une histoire de délais, et découvrait au téléphone avec moi que son contrat ne parlait nulle part de cession de droits. Il a fallu une lettre recommandée et trois semaines pour récupérer le dépôt.
Bpifrance Création l'écrit pourtant noir sur blanc : quand c'est un prestataire externe qui développe, le client ne devient pas automatiquement titulaire des droits, et sans contrat de cession c'est le prestataire qui reste propriétaire du code livré.
Sur ce que ce contrat doit dire, les juges ne sont pas d'accord. L'article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle exige que chaque droit cédé soit mentionné à part, certaines cours l'appliquent au logiciel, et celle d'Aix-en-Provence a jugé le contraire le 28 janvier 2021 : pour elle, un simple écrit suffit. Je ne parie pas votre code sur la cour qui jugera l'affaire.
Chez nous le contrat énumère donc les droits un par un (reproduction, modification, adaptation, exploitation), le dépôt de code est créé sur votre compte le premier jour, l'hébergement aussi, et je n'y ai qu'un accès d'invité, comme le plombier à qui on prête la clé : le jour où vous changez de prestataire, vous me retirez l'accès et on n'en parle plus.
Pour les données, la loi a pris de l'avance. « Combien ils vont me prendre pour partir ? » m'a demandé en juin une gérante de cabinet de recrutement à Aix qui voulait quitter son CRM après six ans. Je lui ai répondu : rien, en tout cas pour le transfert des données. Depuis l'arrêté du 17 novembre 2025, les frais de transfert sont plafonnés à zéro euro quand on change de fournisseur cloud, l'Arcep le rappelle, et à partir du 12 janvier 2027, les autres frais de changement seront interdits à leur tour.
Elle a eu son export le lendemain, un CSV de 11 000 lignes, et elle était contente jusqu'à ce qu'elle l'ouvre. Les contacts étaient là, les relances aussi, mais pas les règles qui disaient qui relancer, quand et pourquoi, parce que ça, c'était dans l'outil, et l'outil, elle ne l'avait plus. Avec un logiciel fait pour vous, ce problème-là n'existe pas : la base est dans votre compte et le schéma tient sur deux pages qu'un développeur lit le temps d'un café.
Avant d'appeler qui que ce soit
Si ce qui vous manque, c'est surtout un endroit où vos clients viennent chercher leurs factures, c'est un autre projet, plus court, qui a son article : le portail client sur mesure. La sellerie, elle, n'est pas dans notre portfolio, parce qu'un logiciel métier, ça vit derrière un mot de passe et que le patron n'a pas très envie qu'on voie ses prix.
Le meilleur test, c'est l'assistante de Carry-le-Rouet qui me l'a appris, en fait : elle avait noté sur une feuille pendant deux semaines chaque fois qu'elle recopiait quelque chose, avec les minutes, et c'est cette feuille qu'elle m'a envoyée en photo avant de m'appeler. Faites pareil. Si au bout de quinze jours ça fait moins d'une heure par semaine, gardez vos abonnements et oubliez-moi, et si ça fait six heures, la feuille vaut un appel de quinze minutes.
FAQ
Combien coûte un logiciel sur mesure pour une PME ?
Chez nous ça démarre à 9 000 € HT, pour un type d'utilisateur, un processus et un branchement vers un logiciel que vous avez déjà, et ça se livre en 4 à 8 semaines. Chaque rôle, processus ou branchement en plus ajoute des jours, et la plupart de nos projets finissent entre 9 000 et 30 000 € HT. Derrière, il faut compter 100 à 300 € HT par mois pour l'hébergement et la maintenance.
Logiciel sur mesure ou SaaS : comment choisir ?
Si un éditeur fait déjà ce qu'il vous faut pour quelques dizaines d'euros par mois, prenez-le, je vous dirai la même chose au téléphone. Je ne conseille de faire construire que si votre méthode est ce que le client paie, si les licences par utilisateur vous coûtent plus en deux ou trois ans que l'outil sur mesure lui-même, ou si quelqu'un passe ses lundis à recopier, comme à Carry-le-Rouet.
À qui appartient le code d'un logiciel développé par un prestataire ?
Au prestataire, tant que rien n'est écrit, et l'électricien de Ceyreste l'a appris à ses dépens. Il vous faut un contrat de cession écrit, et comme les juges ne s'accordent pas sur l'application au logiciel de l'article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle, faites-y nommer chaque droit cédé un par un. Demandez aussi que le dépôt de code et l'hébergement soient à votre nom dès le premier jour.
Sources
- Les TIC et le commerce électronique dans les entreprises en 2025, tableau 4 « Services de cloud computing » (Insee, 2026)
- Enquête TIC dans les entreprises 2025 : présentation et champ, sociétés d'au moins 10 personnes occupées (Insee)
- Frais de changement de fournisseur cloud : consultation publique sur deux projets de lignes directrices (Arcep, 16 février 2026)
- Cloud : l'Arcep précise les coûts facturables pour changer de fournisseur (Banque des Territoires, 3 juillet 2026)
- Protection juridique d'un logiciel (Bpifrance Création)
- Les clauses de cession de droits de propriété intellectuelle d'un progiciel méritent toute votre attention (François-Pierre Lani, Solutions Numériques, 6 avril 2021)