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Portail client sur mesure : ce qu'il règle, ce qu'il coûte et quand louer suffit

Un portail client sur mesure : ce qu'il règle, ce qu'il contient, un projet chiffré à 11 600 € HT livré en six semaines et quand un SaaS suffit.

Un « r » en trop dans l'adresse de l'expéditeur, c'est tout. Pour le reste, la facture reçue en octobre 2025 par la comptable d'un family office de Londres avait l'air vraie : 18 600 € pour l'hivernage d'un voilier de 24 mètres, avec le logo de la société d'entretien de yachts de La Ciotat qui s'en occupe. Le RIB était celui d'un escroc. Elle ne l'a pas réglée parce que l'associé qui signe au-dessus de 10 000 € était à Singapour. En février 2026, la responsable d'exploitation du chantier m'a demandé si un portail client sur mesure aurait évité ça.

Pour cette fraude-là, oui, puisqu'avec un portail le RIB du chantier ne circule plus par courriel. Celui que je leur ai construit donne à chaque propriétaire une page privée avec son bateau, les devis qui attendent sa validation, ses documents et ses factures. Il a coûté 11 600 € HT et a été livré en six semaines ; chez moi les portails démarrent à 9 000 € HT, comme les autres applications web, et sont livrés en 4 à 8 semaines en général. Beaucoup de petites entreprises n'en ont pourtant pas besoin : un portail client en location coûte une vingtaine de dollars par mois, j'y reviens à la fin.

Ce qu'il règle et ce qu'il ne règle pas

Ils gardent une trentaine de bateaux l'hiver. Jusque-là chaque bateau avait son groupe WhatsApp, avec le capitaine dedans et parfois le propriétaire, et elle m'a montré sur son téléphone celui d'un seul voilier : 1 140 messages. Tout y était. Rien ne se retrouvait.

Le pire, c'était le pouce levé. Un capitaine en avait posé un sous un devis de 4 200 € pour des paliers de ligne d'arbre, l'atelier avait commandé les pièces, et le bureau londonien du propriétaire a fait savoir que ce capitaine n'avait jamais eu le droit de valider ça. Dans un fil de discussion rien n'a de statut. Un pouce y ressemble à une signature, et la photo d'une hélice piquée prise en novembre a l'air aussi urgente que celle du matin.

Le vendredi après-midi, ils étaient trois au bureau à remonter les trente fils pour taper à chaque propriétaire le résumé de sa semaine. En pièce jointe Word. Presque personne ne l'ouvrait, ces gens lisent leurs messages sur un téléphone entre deux avions.

Et puis les relances. Une facture d'hivernage partait par courriel, dormait dans la boîte d'un gestionnaire, et on relançait trois semaines après sur WhatsApp, entre deux photos de coque. Ce n'est pas propre au nautisme : l'Observatoire des délais de paiement, que publie la Banque de France, relève en France un retard de paiement moyen de 13,6 jours au quatrième trimestre 2024, et estime que sans ces retards les PME auraient eu 15 milliards d'euros de trésorerie en plus cette année-là.

Les éditeurs de portails vendent surtout l'idée que vos clients trouveront leurs réponses tout seuls et cesseront d'appeler. J'y crois à moitié. Au chantier les propriétaires ne cherchent rien du tout, ils ouvrent, leur bateau est sur le premier écran, et ce qui attend leur réponse est en haut.

Un portail ne fera pas répondre un bureau qui ne répond déjà pas. Si vos clients viennent une fois pour une seule prestation, la connexion les gêne plus qu'elle ne les aide, et c'est pour ça qu'avant de construire quoi que ce soit derrière un identifiant je pose les deux questions qui séparent un site d'une application web.

Ce qu'il y a dedans

Il y a cinq écrans et c'est le bateau qui s'ouvre en premier, avec ses chantiers en cours et les photos rangées sous celui pour lequel on les a prises. Le propriétaire de Genève, celui dont le family office est à Londres, s'est connecté le premier, un dimanche soir d'avril. D'après le journal des connexions, onze minutes, presque toutes sur les photos. Le lundi matin il validait deux devis qui traînaient depuis février, dont les paliers.

Les devis ont leur écran. Le capitaine peut accepter seul ce qui fait moins de 2 000 €. Au-dessus, le bouton n'apparaît tout simplement pas pour lui et le devis part chez le propriétaire, ce que Londres réclamait depuis le début. Restent les papiers du bord, le solde avec ses factures, et un fil de discussion par chantier.

Sur sa première liste il y avait aussi un tableau de bord avec des graphiques. J'ai demandé combien de propriétaires lui avaient déjà réclamé un graphique. « En onze ans ? Pas un. » On l'a rayé du devis et personne n'en a reparlé.

Personne n'a de mot de passe. Le propriétaire tape son adresse électronique, reçoit un lien et reste connecté trente jours. Je ne voyais pas un homme de Genève inventer douze caractères avec une majuscule pour son chantier naval, et le Baymard Institute a relevé que 18 % des acheteurs en ligne américains qui abandonnent une commande le font parce que le site voulait leur faire créer un compte. Eux, au moins, étaient en train d'acheter.

Elle m'a aussi parlé d'un assistant IA pour répondre aux propriétaires le soir. Pas cette année. Un agent ne sait que ce qui est écrit quelque part, et tout ce qui concernait les bateaux était écrit dans WhatsApp, nulle part ailleurs. Ce que ces agents font bien, et où ils se plantent, je l'ai raconté dans l'article sur l'agent IA en entreprise.

Les factures, il les montre sans les fabriquer

Chaque facture apparaît dans le portail à la minute où elle sort de leur logiciel de facturation. Le portail n'en émet aucune, et c'est voulu. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et à partir du 1er septembre 2027 une PME comme la leur devra émettre les siennes par une plateforme agréée, pour ses clients professionnels établis en France. La fiche de la DGFiP le dit en une ligne : si vous avez déjà un logiciel de facturation, vérifiez qu'il est « solution compatible » et c'est lui qui se branchera sur la plateforme.

Le leur l'est. Si j'avais fait générer les factures par le portail, c'est le portail qu'il aurait fallu rendre compatible. Genève et Londres ne sont pas concernés, mais les sociétés de gestion françaises qui s'occupent de quelques bateaux, si.

Le prix d'un portail client sur mesure, ligne par ligne

11 600 € HT au total. Le gros morceau, ce sont les cinq écrans, 3 200 €. Puis 2 400 € pour les connexions et les droits, c'est-à-dire qui voit quoi et qui peut valider combien. La maquette, 1 600 €. Brancher le portail sur leur logiciel de facturation, 1 400 € (il a une API, heureusement, mais une mauvaise). L'historique des validations, qui a dit oui à quoi et quand, 1 100 €.

La journée sur place, 900 €, dont la moitié sur le ponton avec deux capitaines. Les 1 000 € restants sont partis dans le chargement des papiers de trente bateaux, presque à la main, puis dans les tests et la bascule.

Ce sont les droits qui l'ont fait passer au-dessus de mes 9 000 € de départ. Propriétaires, capitaines et sociétés de gestion ne voient pas la même chose ni ne valident les mêmes montants, et chaque type d'utilisateur en plus coûte quelques jours. J'ai détaillé ce qui fait bouger le chiffre sur trois autres projets dans l'article sur le prix d'un logiciel sur mesure.

L'hébergement, les sauvegardes et les mises à jour leur coûtent 140 € HT par mois. Le stockage des photos y pèse plus qu'ailleurs : l'atelier photographie tout, jusqu'aux vis.

Six semaines

La journée sur place est tombée la deuxième semaine de mars. Il y avait du mistral et j'ai passé la matinée sur le ponton à tenir l'ordinateur d'une main pour qu'il ne parte pas à l'eau, avec deux capitaines qui regardaient l'écran par-dessus mon épaule. Le plus ancien est sur le même bateau depuis neuf ans. Il m'a dit tout de suite qu'il n'ouvrait plus sa messagerie depuis 2019 ou à peu près, qu'il faisait tout sur WhatsApp et qu'il n'allait pas changer pour un portail, ce qui se tient.

Quand le portail a besoin de lui, il reçoit donc un WhatsApp avec un lien dedans et répond de là. Il s'en est plaint pendant une semaine, puis il a arrêté.

La maquette a pris les semaines deux et trois, le développement la quatrième et la cinquième, et la sixième a mal tourné. La comptable nous a écrit de Londres qu'elle n'avait jamais reçu un seul lien de connexion. C'était vrai. Leur filtre les mettait tous en quarantaine comme tentatives d'hameçonnage, dans le bureau qui avait reçu le faux RIB six mois plus tôt, ce qui au fond se comprend.

Leur informatique est sous-traitée et il a fallu neuf jours pour qu'on laisse passer l'adresse du chantier. En attendant j'ai ajouté un code par SMS. Personne ne m'avait parlé du filtre, je n'avais pas pensé à demander, et c'est devenu une des questions que je pose le premier jour.

Le portail est en service depuis avril. En août, à ma demande, la responsable a calculé à la main le délai de paiement des factures de l'été : vingt-trois jours en moyenne entre l'envoi et l'encaissement, contre cinquante-deux pendant l'hiver. Elle pense qu'une partie de l'écart vient de la saison, puisque juillet et août sont toujours meilleurs chez eux, et je n'ai pas de quoi la contredire. En revanche le RIB du chantier n'est plus envoyé par courriel depuis avril, et ça n'a rien de saisonnier.

Quand un SaaS suffit

L'architecte d'intérieur d'Aubagne qui m'a appelé en juin voulait elle aussi un espace client sur mesure, mais ses clients font quatre choses : déposer des photos et les cotes de leur pièce, signer un devis, verser un acompte de 30 % et télécharger les plans quand ils sont prêts. Tous les portails en location que je connais savent faire ça, et je le lui ai dit au bout de dix minutes de téléphone.

Elle a soixante-deux dossiers ouverts. Ça l'empêchait de prendre la formule Starter d'Assembly (29 dollars par mois en paiement annuel, 49 en mensuel), bloquée à 50 contacts, alors je lui ai envoyé la page de SuiteDash : 19 dollars par mois ou 180 à l'année, et les clients ne sont pas comptés. Les 11 600 € du chantier lui auraient payé plus de cinquante ans d'abonnement.

Le chantier, lui, n'avait pas vraiment le choix. Un après-midi de février j'ai ouvert les démos de quatre éditeurs avec la responsable d'exploitation, et aucun ne savait ce qu'est un bateau avec six chantiers en cours, des photos rangées sous chacun et un capitaine qui peut dire oui jusqu'à 2 000 € mais pas au-delà. Elle aurait passé ses journées à contourner l'outil.

Avant de construire, je regarde ça d'abord. Ensuite deux choses : un logiciel que vous gardez et que le SaaS ne sait pas brancher, et un abonnement qui grimpe à chaque nouveau client. J'ai fait le calcul abonnement contre développement pour une sellerie, avec ses vrais chiffres, dans l'article sur le logiciel sur mesure en PME.

Le devis du chantier précisait aussi que le code, la base de données et l'hébergement sont à leur nom : le dépôt Git est sur leur compte, le serveur est facturé à la société, et un autre développeur pourrait reprendre le portail demain sans rien me demander.

Pour savoir si le vôtre se loue ou se construit, prenons quinze minutes au téléphone.

FAQ

Qu'est-ce qu'un portail client ?

Une partie de site protégée par une connexion, où chaque client voit ses dossiers, ses papiers et ses factures, et pas ceux des autres. À La Ciotat il a pris la place d'une trentaine de groupes WhatsApp. Extranet client, espace client : les cabinets et l'industrie disent plutôt l'un ou l'autre, et dans les deux cas je construis la même chose.

Combien coûte un portail client sur mesure ?

Chez Studio Calanque, 9 000 € HT minimum, en 4 à 8 semaines, avec un seul type de client et un seul logiciel à brancher. Le chantier a payé 11 600 € HT parce que trois sortes d'utilisateurs n'y voient pas la même chose. L'hébergement et la maintenance se paient ensuite au mois, de 100 à 300 € HT ; le chantier paie 140 €.

Faut-il une application mobile pour un portail client ?

Non. Le portail est une application web, il s'ouvre dans le navigateur du téléphone, et le propriétaire de Genève n'a rien installé du tout. Deux applications natives, une pour l'iPhone et une pour Android, chez moi ce serait à peu près le double du prix, pour un outil qu'on ouvre quelques minutes par semaine.

Un portail client est-il plus sûr que le courriel pour les factures ?

Pour le RIB, oui, s'il ne figure plus dans aucun courriel. Selon l'étude fraude 2026 d'Allianz Trade, 60 % des PME ont subi au moins une tentative de fraude en 2025, et chez les entreprises visées le faux fournisseur arrive en tête (42 %). Seules 41 % des entreprises rappellent leur fournisseur quand ses coordonnées bancaires changent. Au chantier, le RIB n'existe plus que dans le portail depuis avril, donc un RIB qui arrive par courriel est forcément un faux.

Sources